2 juillet 2008
Le blog tient de la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e. Non par la nĂ©cessaire qualitĂ© de son potentiel attractif (il en est d’excellentes) mais par l’exigence singulière que suppose sa structure fragmentĂ©e, elliptique, Ă©pisodique.
Quelques propriétés de l’exploration d’un blog qui méritent d’être rappelées:
- Chaque nouvel article doit pouvoir ĂŞtre lu sĂ©parĂ©ment de l’ensemble et conserver tout son intĂ©rĂŞt hors contexte. Dans l’ordre du narratif, c’est une propriĂ©tĂ© qui distingue la sĂ©rie du feuilleton.
- La régularité de la production est déterminante pour conserver un lectorat assidu.
- La longueur doit être compatible avec la lecture sur écran très différente en cela de la lecture de la chose imprimée.
- Il faut aussi prendre en compte cette particularitĂ© du blog dont la dĂ©couverte est nĂ©cessairement chronologique et dont on n’embrasse l’ensemble du propos, quand on l’a dĂ©couvert tardivement, qu’en remontant le flux, de post en post, assumant l’acrobatie temporelle qui en rĂ©sulte mettant Ă l’Ă©preuve nos capacitĂ©s cognitives.
Écrit au jour le jour le blog pourrait être incompatible avec un propos structuré, avec une construction académique, avec une pensée qui suit le chapelet d’un discours maîtrisé. Le blog est plus dans le débordement, dans la dérive, surtout quand celle-ci assume la fonction désinhibitrice du genre, peu enclin à sacrifier à la règle. Est-ce à penser que cette forme interdit le propos cohérent comme on aurait pu le dire des Lettres persanes qui suivaient le fil épistolaire comme d’autres celui de leurs pensées ?
Quel sens donner alors au blog imprimé, dérogeant à son ordre, perdant la dynamique du flux et du commentaire, de l’humeur et du repentir? Le blog imprimé, réification contre nature, peut pourtant s’avérer le meilleur moyen de redécouvrir a posteriori la cohérence derrière le chaos du jour.
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2 juillet 2008
Le cas est frĂ©quent: l’Auteur doit fournir une bibliographie. On sait combien l’exercice est fastidieux non pour le fait d’avoir Ă rendre hommage aux ouvrages qu’avec plaisir ou intĂ©rĂŞt on aura consultĂ© et que l’on recommande vivement Ă tous ceux qui s’engageraient sur les mĂŞme voies, mais pour avoir Ă en Ă©tablir la liste acadĂ©mique avec son appareil de rĂ©fĂ©rences. Certains, on le sait, vont jusqu’Ă copier les bibliographies disponibles en ligne plutĂ´t que d’avoir Ă sacrifier un temps prĂ©cieux Ă l’exercice. D’oĂą l’idĂ©e simple mais productive de crĂ©er un gĂ©nĂ©rateur de bibliographies : on entre le sujet, les thèmes, les mots-clefs… et on obtient la prĂ©cieuse liste. FondĂ© sur la fouille de donnĂ©es, le moteur analyse la rĂ©currence des rĂ©fĂ©rences liĂ©es Ă un sujet prenant en compte titre/rĂ©sumĂ©/Ă©dition. Les rĂ©fĂ©rences seront hiĂ©rarchisĂ©es en fonction de leur frĂ©quence de citation dans des revues et publications rĂ©pertoriĂ©es par les instances d’Ă©valuation de la recherche.
Une version plus Ă©laborĂ©e ne se substitue pas Ă l’Auteur mais apprend Ă le servir en observant sa pratique et ses rituels.
Le gĂ©nĂ©rateur fournit une liste structurĂ©e, limitĂ©e au nombre de rĂ©fĂ©rences requis par le commanditaire en ne conservant que les titres et les auteurs les mieux “classĂ©s” parmi ceux mentionnĂ©s dans le texte que la bibliographie accompagne. ApparaĂ®trait en gras ceux que le commanditaire aura effectivement consultĂ©. Afin de personnaliser la sĂ©lection, un système rudimentaire d’apprentissage retiendra les auteurs valorisĂ©s par l’Auteur par citation, pointage, confirmation, suppression dĂ©finitive de la liste. Une liste noire pourrait contenir les noms Ă ne jamais mentionner. Une liste blanche ceux qu’il ne faut pas oublier : rĂ©fĂ©rences incontestables ou simplement incontournables, auteurs Ă la notoriĂ©tĂ© grandissante, Ă©crits des membres du jury pour un mĂ©moire ou une thèse.
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2 juillet 2008
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2 juillet 2008

La fin du vingtième siècle a consacrĂ© le commissaire en le plaçant au sommet de la pyramide artistique. Si le glissement de statut l’a progressivement transformĂ© en auteur, puis en artiste, je propose d’aller jusqu’au bout de la logique historique et de crĂ©er, au vingt-et-unième siècle, le premier musĂ©e de commissaires. C’est lĂ que l’on pourra dĂ©couvrir une collection complète des actes curatoriaux majeurs de ces 30 dernières annĂ©es sous forme de documentation, mais aussi parfois de reconstruction Ă l’identique ou encore de maquette d’expositions qui ont marquĂ© l’histoire de l’art contemporain.
Une variante de ce projet pourrait faciliter la reconstitution en supprimant de l’exposition tous les Ă©lĂ©ments potentiellement revendiquĂ©s par des artistes (toiles, sculptures, installations, vidĂ©os, et.) en ne conservant de leur prĂ©sence dans le dispositif originel que le cadre de poussière laissĂ©e sur le mur, le ronronnement du projecteur vidĂ©o, la trace au sol de la sculpture en fonte Ă©crasant la moquette. Cette approche prĂ©senterait le double avantage de rĂ©duire les frais de prĂ©sentation (assurances, transport, location d’Ĺ“uvre) et de ne donner Ă voir que la matĂ©rialitĂ© de ce qui fait le geste curatorial: le fil sĂ©mantique et spatial qui relie des fragments de sens en dĂ©shĂ©rence.
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29 juin 2008

On sait combien le graffitiste doit luter avec la pesanteur pour accéder à des surfaces dignes d’être taguées. Ce sont des surfaces réputées inaccessibles, donc moins bien protégées, et visibles de loin comme tous les objets élevés dans le paysage urbain.
Il suffit de détacher l’outil de la main pour ne pas avoir à déplacer le corps. Le dirigeable aisément bricolé à partir de composants du commerce, peut véhiculer la peinture et une version améliorée de l’aérographe (le bien nommé). Le manipulateur expérimenté pourra ainsi, à distance et en toute impunité, signer le monde pour échapper au néant qu’entretiennent la pesanteur et la multiplicité des corps pensants.
Une variante amusante, dans la droite ligne de la Mémoire rétinienne collective (Art Impact, So.So.So.) me pousserait à imaginer que la chose volante puisse fonctionner comme un système de surveillance et de projection. Une micro camera sur le dirigeable prélèverait un fragment de l’image du monde pour le projeter en quadrichromie sur la surface disponible. Juste retour du monde à la surface des choses en guise de mémoire redistribuée.
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29 juin 2008

Nous sommes dans une pĂ©riode Ă©trange oĂą l’épuisement des ersatz idĂ©ologiques ne parvient pas Ă apporter de rĂ©ponse satisfaisante en termes d’action face Ă un libĂ©ralisme triomphant ; c’est dans sa nature!
Rares sont ceux qui se disent encore rĂ©volutionnaires et pourtant la nĂ©cessitĂ© du changement est patente tant les signes de crash potentiel se multiplient : Ă©cologiques, Ă©conomiques, religieux, culturels, militaires…
Les modalitĂ©s d’action traditionnelles –manifestation, grève…- peuvent avoir un impact local, voire corporatiste (augmentation de salaire, maintient de l’emploi…) mais peu d’impact sur les enjeux Ă l’Ă©chelle nationale ou planĂ©taire. Il reste Ă inventer des formes d’action, d’inflexion des tendances, adaptĂ©es Ă notre Ă©poque.
La crise du pĂ©trole se trouve ĂŞtre Ă l’image des valeurs en vigueur: spĂ©culation intensive (dissociation du prix et du marchĂ©), consommation excessive d’un capital limitĂ© : Ă©puisement des Ă©nergies fossiles.
Les pratiques hors d’usage :
La révolution comme son nom l’indique n’évoque que l’éternel retour de certitudes de substitutions supposées remplacer avantageusement les valeurs dominantes. Et l’heure n’est plus aux certitudes mais à l’évaluation de leur crise et de leurs conséquences. Seules les grandes religions continuent de maintenir l’illusion de certitudes inébranlables qui n’apparaissent en rien une réponse acceptable (et moins encore souhaitable) à la crise du village planétaire.
La grève touche souvent ceux qui ne sont pas Ă l’origine du prĂ©judice subi.
Le boycott, lui, devient rapidement intenable pour ceux qui le pratiquent comme pour ceux qui le subissent. Comme dans toutes les formes aggravées d’addiction, la responsabilité entre producteur, fournisseur et consommateur est partagée et il ne s’agit pas de punir mais de guérir.
Le projet est ici de programmer, DANS UN AN, LA GREVE DU PETROLE.
Il s’agit bien d’une action collective, qui se limite Ă une seule cible : la consommation immodĂ©rĂ©e du pĂ©trole.
L’annonce largement anticipĂ©e permet de se prĂ©parer Ă l’évĂ©nement.
Et c’est la prĂ©paration qui constitue la vĂ©ritable action.
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29 juin 2008

Une image, un tableau dans un espace public qui ne devient visible que lorsque personne ne parle proximitĂ©. Il s’efface lorsqu’une voix s’Ă©lève. Il Ă©nonce par son comportement les conditions de son apprĂ©ciation. La visibilitĂ© de l’image est inversement proportionnelle au bruit environnant. AppliquĂ© Ă la publicitĂ© urbaine le principe contredit la stratĂ©gie du phatique. L’interpellation n’est plus le moyen d’imposer l’image au regard du passant. Celui-ci, dans le doute, se verra obligĂ© d’interrompre le cours de sa vie pour prendre connaissance d’un message dont il dĂ©cidera s’il en est ou non le destinataire. La structuration de certains rĂ©seaux de communication est fondĂ©e sur ce modèle : chacun Ă©met pour tous, seul le vrai destinataire “Ă©coute”.
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29 juin 2008

Players : Oliafur Eliason, Michael Bloomberg
Le Public Art Fund annonce le financement d’un nouveau projet urbain d’Olafur Eliason : The New York City Waterfalls. La rencontre la plus surprenante n’est probablement pas la présence de chutes d’eau dans New York mais la franchise du maire de la ville ; Michael Bloomberg, qui en toute honnêteté précise :
“Not only does public art excite and inspire New Yorkers, it helps draw visitors and adds millions of dollars into our economy” *
L’acceptation de l’art dans ses formes les plus extrĂŞmes par les esprits les plus conservateurs a toujours Ă©tĂ© favorisĂ©e par leur plus petit dĂ©nominateur commun : l’argent, le retour sur investissement. La convertibilitĂ© du supplĂ©ment d’âme en plus value financière constitue un moteur de fait de la production artistique et l’énormitĂ© des lieux d’art rĂ©cemment construits dans les grandes villes de la planète rĂ©pond bien Ă la mĂŞme logique quand leurs commanditaires prĂ©cisent off the record qu’il s’agit pour eux de reproduire l’effet Bilbao sous entendu la plus value touristique d’un Ă©difice spectaculaire largement mĂ©diatisĂ©. La question est alors de savoir dans quelle mesure un projet artistique trouve ses moyens dans sa mĂ©diatisation indĂ©pendamment de son propos ou bien s’il se dissout dans la logique de son financement ne vĂ©hiculant plus d’autre message qu’un compromis spectaculaire.
Le projet serait, dans l’ordre du spectaculaire de prendre à la lettre l’expression Time is money et de vérifier qu’en inversant le temps on continue de produire de l’argent.
Projeter sur la surface d’un immeuble (Time Square ?) une cascade inversée (Tribute to Eliason), l’eau remonterait le temps et la façade indéfiniment. Utiliser tous les écrans complices pour passer leur contenu en sens inverse, implanter de nouvelles horloges dans la ville ou inverser le sens des aiguilles d’une horloge remarquable (Grand Central ?). Multiplier les indices d’inversion du temps dans la ville. Surveiller simultanément la croissance du PIB municipal.
*«Non seulement l’art public intéresse et inspire les newyorkais, il attire les visiteurs et apporte des millions de dollars à notre économie.»
source : Public Art Fund
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21 juin 2008

La revue du MIT, Technology Review me demande pour son édition française, la rédaction d’un article sur LE FUTUR DE L’ART. L’occasion est trop belle pour ne pas passer à l’acte et rédiger une première version résumée du projet « dumpé » Art After Technology.
Publié en version réduite dans le numéro 7 de juin 2008 de la revue qui ne sera pas distribué pour des raisons économiques, voici un passage à l’acte qui retombe dans le compost du Dump.
La version intégrale se retrouve sur mon site en attente d’un développement ultérieur voire d’une publication :
L’art après la technologie
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18 juin 2008
Player : les Inrocks 17-23 juin 2008 : «Plus d’argent pour les facs « performantes » et moins pour celles qui privilégient les sciences humaines. SYMPA, ou « SYstème de répartition des Moyens à la Performance et l’Activité », est le nouveau projet de financement des universités par l’état présenté dans un rapport rendu le 11 juin (2008) par six sénateurs. Son objectif : « restaurer une plus grande équité entre les universités, tout en incitant à davantage d’efficience dans l’utilisation des moyens »
Le projet est ici d’appliquer l’extraordinaire projet « SYMPA » aux activités urbaines et humaines. Fonder les décisions d’urbanisme et de développement urbain sur le retour sur investissement immédiat, seul critère intelligible pour le sénateur moyen. Privilégier la performance et la productivité cela signifie, une fois transposé à l’espace urbain : supprimer les musées, les manèges, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées, les jardins, les boulangeries, les cinémas de quartier, les trottoirs surbaissés pour les handicapés, les trottoirs surélevés pour protéger les piétons des imbibés du samedi soir, supprimer la police, les clowns, les professeurs, la sexualité, le plaisir et le sourire. Il s’agit donc d’un projet urbanistique qui ne conserverait que la place de la Bourse, propre et nette.
Mais il faudrait aussi et surtout appliquer ce programme d’optimisation du rendement à ceux qui économisent l’usage de neurones dramatiquement raréfiés en produisant des lois ineptes qui ne sauraient au mieux qu’inspirer la compassion.
Les sénateurs se mêlent de créer les lois. Pétain, Mussolini, Hitler, Goering, Goebbels, Staline, sortez de ces corps !
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